Témoignage • Relation toxique

Aujourd’hui, j’ai envie (ou plutôt besoin) de te parler d’une période de ma vie, qui a été très particulière, et qui me fait souffrir encore aujourd’hui alors que c’est du passé. Je t’ai évoqué quelques morceaux de cette période dans l’article parlant de mon rapport à la pornographie. De mes 16 à mes 22 ans, j’étais en couple avec un homme, et c’était une relation toxique. Très toxique. Je l’ai sans doute été aussi, vu la violence de plusieurs situations. Je l’assume entièrement: je sais que je n’avais pas la maturité que j’ai aujourd’hui, et que parfois, c’était la seule façon que j’avais pour tenir le coup et me défendre.

Cet article est très difficile à écrire. Je vais écrire des choses que je n’ai jamais racontées à personne. Les noms seront changés. Et si je venais à être reconnue à cause de cet article, je t’invite à lire cette page avant de venir m’en parler, ou avant de tirer tes conclusions hâtives. Personne n’est tout blanc ou tout noir.

Posons le contexte.

A 16 ans, j’avais une relation très conflictuelle avec ma famille, et j’ai rencontré mon ex. Il avait 19 ans. Nous l’appelleront Antoine. (Oui, j’ai choisi un prénom au hasard, kestuvafer?) J’avais aussi fait connaissance avec les TCA (troubles du comportement alimentaires), et je ne mangeais quasiment plus rien, ma perte de poids devenait inquiétante.

Je finissais mon année de Seconde Générale. Lui était en échec scolaire, et avait décidé de rentrer à l’école de police. J’étais contente pour lui qu’il prenne cette décision, même si j’avais une appréhension envers les forces de l’ordre en général. Cette année était une année durant laquelle il y avait eu énormément de blocages à mon lycée, et on passait notre temps à bouffer les gaz lacrymogènes des CRS qui tentaient de « maintenir l’ordre » à leur façon. J’étais tellement amoureuse et pleine d’espoirs que je pensais qu’il ne serait pas comme les policier•e•s qui passaient dans les actualités à cause de bavures diverses. Tu sais, en mode « not all cops ». Je te l’ai dit: j’avais 16 ans, avec une mention spéciale naïveté et immaturité.

Nous nous étions rencontrés par le biais d’un ami commun. Il m’avait parlé d’Antoine, nous a fait échanger nos numéros. Et on a échangé nos adresses MSN. (oui, c’était en 2008, le bail date) On s’est plus tout de suite, on rigolait bien, il avait l’air sympa. J’étais en totale admiration de son parcours et de ses perspectives d’avenir, et en confiance.

Première rencontre.

Nous avons décidé, après plusieurs semaines de MSN, de nous rencontrer IRL. (In real life, si ce terme ne t’est pas familier.) On a prévu un rencard en ville, pour manger ensemble et flâner. J’avais menti à ma mère, elle pensait que j’allais en ville avec mon meilleur ami de l’époque, qu’elle connaissait bien. J’ai été impressionnée par sa taille, il mesurait un mètre quatre vingt dix le gonz! Avec mon moins de mètre soixante, je devais lui arriver à hauteur du dessous de bras environ. La différence de taille était impressionnante. Il était un peu rond, sa carrure était très impressionnante. Et il était tellement sympa qu’il ressemblait à un gros nounours. C’est ce jour là qu’on s’est mis ensemble.

Si j’avais su que j’allais autant en baver, je lui aurais posé un lapin.

Les débuts tout roses

Quelques semaines plus tard, il rencontre mes parents. Parce que ça semblait nécessaire, étant donné que j’étais mineure et qu’on voulait passer du temps ensemble. Le courant semble bien passer, mais avec une appréhension par rapport à son intention de rentrer dans la police. Je n’ai pas su vraiment si mes parents l’appréciaient ou pas, au début. Je m’en foutais un peu.

À ce moment là, j’étais très heureuse. Je recommençais à manger correctement. Je le considérais (à tort) comme étant la personne qui m’avait sauvée de ma dépression et de mes TCA.

On se voyait tous les week-ends, je les passais chez lui et sa mère. Je m’entendais bien avec elle. La première soirée que j’ai passé avec eux, elle a tenté de me mettre en garde, alors qu’il était parti aux toilettes. « Fais attention, il ment beaucoup. ». Sur le coup, je n’y ai pas cru. Je lui ai répondu que je ferai attention, mais que si il me respecte, il ne me mentira pas. Sinon, je mets les voiles.

Les week-ends chez lui étaient acquis et non négociables: il FALLAIT que j’aille chez lui, quoi que disaient mes parents: je mettais des affaires dans mon sac de cours, et je partais chez lui dès le vendredi soir, pour revenir le dimanche. Je ne me rendais pas compte qu’en fait, je ratais beaucoup de choses dans ma famille, comme l’évolution de mon petit frère, qui n’avait que 4 ans a l’époque. Avec le recul, je regrette beaucoup, parce que finalement, il y a aujourd’hui une distance entre nous qu’il n’y aurait pas eu si j’avais été présente à la maison.

Tous ces week-ends étaient pareils. Une routine s’installait. Télé. Sortie. Télé. Glandage. Alors que de base, je n’aime pas regarder la télé. On faisait ce qu’il voulait, je m’oubliais totalement pour faire tout ce qui lui plaisait.

Les premiers stops.

Si j’avais été intelligente, ou pas aveuglée par ma naïveté, j’aurais du partir au bout d’environ 2 ans.

Détournement de mineur, isolement.

Sa mère commençait à s’immiscer dans notre vie de couple de façon très malsaine. Elle se prenait pour ma mère et c’était vraiment gênant. Vu que c’était compliqué avec ma famille, elle voulait que je vienne vivre avec eux. Je pense que Antoine était de mèche avec elle sur ce sujet. Comme ça, il aurait sa petite meuf chez lui tout le temps, alors qu’il était en internat à l’école de police toute la semaine. J’ai refusé de vivre avec eux, sans aucune hésitation. Je n’ai pas dit un gros non frontal, j’ai préféré poser des questions pour la mener à penser que cette idée était ridicule. Comme par exemple : « Qui va payer mes frais de santé? D’école? De transport? Qui va m’habiller, me nourrir, payer mes lunettes? Et si on rompt un jour, je deviens quoi? »

Elle ne voyait aucun inconvénient. Pour elle, il aurait suffi que je trouve un travail et que je me débrouille, alors que j’étais au lycée. Que je serais libre de vivre ma vie comme je l’entendais si j’aménageais chez eux comparé à chez mes parents, que je n’avais pas besoin d’eux, et que je serai heureuse. Oui oui, c’étaient ses arguments. C’était n’importe quoi. Du côté de mes parents, c’est très mal passé. C’était typiquement du détournement de mineur. Et oui, le détournement de mineur, ce n’est pas « juste » un majeur qui couche avec une mineure consentante, de plus de 15 ans.

Définition détournement de mineur : Délit constitué par le fait de soustraire un mineur aux adultes ayant autorité sur lui.

C’est à ce moment là que j’aurais du me barrer. Lui et sa mère commençaient à me couper de toutes les relations, qu’elles soient familiales ou amicales. On me proposait de couper les ponts avec ma famille parce que j’étais maltraitée. Et les amis? Je ne les voyais quasiment plus, parce que je n’étais plus dispo le week-end.

Mais naïve comme j’étais, j’ai juste décliné la proposition et continué comme si de rien n’était. Mes parents essayaient de me mettre en garde, j’en avais RIEN à foutre. J’étais tellement conne.

Relation malsaine.

Entre Antoine et moi, c’était, avec du recul, bizarre. Mais sur le coup, c’était normal pour moi. On ne faisait que baiser. On faisait tout comme il voulait, et clairement: il était nul au pieu. Mais si je ne ressentais rien, c’était de ma faute. Et oui, j’en étais arrivée à penser cela. Il pensait qu’à sa gueule au lit. J’étais sensée aimer, mais c’était vraiment pas ouf.

Un soir, j’ai découvert qu’il regardait du porno vraiment crade, en jouant sur son iPod touch. J’ai été écœurée, vraiment. Rappel: j’avais 16 ans, c’était mon premier mec. Il me promettait à chaque fois d’arrêter. Il a même osé me dire une fois que c’était “pour [lui] donner des idées au lit” et même “pour apprendre de nouvelles choses“! Le culot, quand on sait que le porno, c’est avant tout de la performance et de la fiction. Personne n’apprend à conduire grâce à Fast and Furious mec. On sait tous•tes que ce qui est montré dans le porno, la plupart du temps, c’est centré sur la pénétration… et que ce n’est pas la pénétration qui donne des orgasmes, sur une grande majorité de femmes (ou personnes avec des attributs féminins). Mais il ne respectait jamais ses promesses. J’avais l’impression « de ne pas lui suffire », je me sentais « trahie ».

Quand il m’a annoncé qu’il allait aller au salon de l’érotisme avec ses potes beaufs se payer des strips et des shows privés, j’ai complètement pété un câble. Il s’en foutait. Pour lui, j’étais acquise. Il savait que je resterais. Et il avait raison. (précision: il avait raison dans le sens ou il savait que je n’oserais jamais partir “pour ça”. Je ne lui donne pas raison de cette attitude.)

RAPPEL:
Mater du porno, c’est ok. C’est ok d’avoir son jardin secret. Cependant, si ta moitié se sent trahie par ça, COMMUNIQUEZ. Personne n’est acquis. Il ne faut pas « s’en foutre » des émotions de l’autre comme ça. Communiquez.

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Encore une fois, j’avais envie de me barrer. Je ne l’ai pas fait. “C’est bon, elle est acquise.”

L’île du cul.

Ce qui a fait déborder le vase, c’est quand il a voulu partir avec son pote célibataire et qui saute sur tout ce qui bouge… deux semaines à Ibiza. Clairement: je n’étais pas d’accord. Parce que je savais que son pote y aller pour enchaîner du cul en boîte. Je ne faisais aucune confiance à son ami, et je savais que Antoine était du genre à le suivre, et qu’il en avait rien à faire de mon avis. Si il y était allé avec des amis sérieux, ou juste pas du genre à sauter sur tout ce qui bouge ou qu’il m’avait juste proposé de venir, ma réaction aurait été différente.

Et tu veux la meilleure? Je n’étais pas genre à être envahissante. Il ne m’a quasiment pas envoyé de nouvelles pendant ces deux semaines! Je demandais juste la moindre des choses: un minimum de nouvelles. Même pas tous les jours. Juste savoir si tout allait bien. C’est tout. Alors que j’étais en contact avec des amis à lui, qui avaient des nouvelles tous les jours… Son prétexte, c’était “on a pas internet dans l’hôtel”. Ok, on était en 2010, on n’avait pas encore de forfaits DATA pour l’Europe, je suis capable de comprendre. Sauf qu’il publiait des trucs sur Facebook tous les jours. Au bout d’un moment, j’en ai marre de me faire prendre pour une conne, normal.

RAPPEL:
Personne n’a à t’empêcher de faire quoi que ce soit. J’avais 18 ans.
Cependant, ta moitié doit te respecter. Et aller sur l’île du cul sans prendre la peine de me rassurer, et y aller avec un gros queutard pour flirter, et revenir avec des photos de meufs plein la carte mémoire de MON appareil photo, c’est pas du respect.

Et trop bonne trop conne… Je suis restée.

Forcée.

Pour mes 19 ans, il a voulu m’organiser une fête surprise. L’idée de base était très chouette et bien organisée, je le reconnais. Je passais l’après-midi en ville avec ma meilleure amie, et j’étais sensée rentrer chez lui le soir, pour notre week-end de d’habitude.

Quand je suis arrivée chez lui, j’ai découvert une table pleine de nourriture, ma meilleure amie (oui, la même que j’avais vue juste avant) et quelques amis à lui dans le salon. J’étais contente de cette fête surprise. C’est au moment de découvrir mes cadeaux que ça s’est gâté.

Il a mis un genou par terre. A sorti un écrin contenant une bague. Et il m’a demandé si je voulais être sa fiancée. Premier problème: on ne demande pas si la personne veut être ta fiancée, on demande en mariage. Mais je reconnais, je chipote. Tout le monde nous regardait. La bague était très jolie, c’est vrai. Mais je ne voulais pas me marier avec lui. Je ne voulais même pas me marier tout court. On avait eu, pour moi, trop de problèmes pour envisager de se marier et de, normalement, passer le reste de notre vie ensemble. Et à 19 ans? Je trouvais ça trop jeune.

Sauf que tout le monde nous regardait, en attendant le classique “oui”. Qu’est ce que je pouvais faire à ce moment là? Dire non, et donc la vérité, au risque de voir toute cette soirée gâchée? Sachant que pour moi, dire non, c’était mettre fin au couple? J’ai dit oui parce que j’avais peur de dire non, et que je trouvais la bague jolie. Et je n’ai jamais dit la vérité à propos de cette soirée.

On a emménagé ensemble.

Ça semblait aller bien, quasiment deux ans après Ibiza. (Je sais ce que tu te dis dans ta tête, tu te dis que je suis vraiment conne. Je suis d’accord avec toi, j’ai été une vraie conne. Cela s’appelle aussi de la dépendance affective, de ne pas être capable de partir d’un couple malsain.) On a donc décidé de prendre un appartement.

Cet appartement était génial. Vraiment. Je m’y sentais bien chez moi, il était proche des transports en commun, pas trop loin de chez mes parents si jamais il y avait un souci. J’allais tout juste avoir 20 ans. Et oui, j’ai emménagé avec un mec qui gagnait un SMIC alors que je n’avais pas de travail, et que j’avais du arrêter mes études à cause de ma dépression. Dès le début ça s’annonçait mal.

J’ai découvert de ces trucs…

Avant, on ne se voyait que les week-ends. Donc relativement peu. C’est en aménageant chez lui que je me suis rendue compte de ce qui clochait.

Sale sale!

J’ai commencé à avoir des mycoses vaginales. C’est horrible, vraiment. Je me suis soignée, et j’ai pas cherché plus loin. Mais en fait, le gonz était sale! J’en étais venue à vérifier si sa brosse à dents était mouillée ou non… et elle pouvait rester sèche très longtemps. Genre trois jours facile. C’était vraiment horrible. Et il le prenait très mal, quand je lui disais qu’il était sale, et qu’il devait se laver. Vraiment. Ça a été un de nos plus gros conflits. Pareil pour les fellations. Je refusais d’en faire parce que je trouvais ça sale… Et je pensais que c’était normal, que ça sente mauvais et que le goût soit dégoûtant. Mais en fait, non. C’était juste un porc. (C’est très malpoli vis à vis de ces animaux, je sais. Mais il était vraiment crade, et moi vraiment conne.)

Menteur.

J’ai aussi découvert qu’il osait me regarder dans les yeux, en me disant qu’il ne me mentait plus, alors que je captais les mensonges. Exemple: le porno. Au pire, on s’en tape qu’il en regarde ou pas. Franchement osef depuis. Mais au moins, assume et dis la vérité bordel, au lieu de me regarder en face et me jurer sur la tête de ta vieille follasse de mère que ce n’était plus le cas. Je voulais juste de l’honnêteté.

Inutile de rappeler qu’au pieu, c’était toujours aussi horrible. Je pensais que c’était normal de ne rien sentir. De faire ce qu’on faisait.

Flic trash.

En l’attendant à la salle d’attente du commissariat dans lequel il travaillait un soir, afin qu’on rentre à la maison ensemble vu que je n’avais pas de voiture, je l’ai entendu dire un truc qui m’a choquée à vie. Une femme habillée court est entrée en pleurant pour demander à porter plainte pour agression sexuelle ou viol, je ne me souviens plus très bien. Elle a attendu. Et elle est entrée dans la salle de dépôt de plainte. Ce gros connard, il était dans la pièce à l’arrière de l’accueil avec des collègues à lui, et j’ai entendu ça. “En même temps, t’as vu comment elle était sapée? C’est de l’appel au viol, une jupe pareille“. Je ne lui ai pas adressé un mot de la soirée.

Sauf qu’il a pas aimé du tout. Du tout.

C’est monté crescendo…

Il a commencé à devenir violent. Ça a commencé par des réflexions en permanence sur tout et n’importe quoi. Par des remarques sur mon physique. Et oui connard, évidemment que j’étais maigre, puisqu’on ne pouvait plus faire de courses à partir du 15 du mois!

Il dépensait sans compter. Pendant que moi, j’enchainais formations, petits jobs, et la pire chose que j’ai du faire pour essayer de ramener de la tune… parce que j’avais la dalle. Pour faire les courses? Je devais aller en épicerie solidaire parce que Monsieur ne voulait pas y aller parce qu’il “ne voulait pas passer pour un bouseux”. Sauf que ce n’est pas être un bouseux, que de devoir se nourrir dans les épiceries solidaires. C’est être dans la merde financièrement oui, mais c’est pas être un bouseux. Pour 15 euros, j’avais un panier d’une semaines de courses pour deux personnes de nourriture aux dates limites limites, et des invendus des magasins.

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Après, on est passés aux insultes. Je ne pouvais rien lui dire ni même répliquer, parce que j’avais peur de m’en prendre une. Ça n’était jamais arrivé, mais je ne sais pas pourquoi, j’avais peur. Je savais qu’il avait déjà failli casser la gueule à un de ses amis, parce qu’il était en colère. Il m’avait déjà raconté que si il était “trop en colère”, il pouvait arriver qu’il ait envie de donner des coups de poing. Même à ce gros redflag (drapeau rouge), je n’étais même pas partie! Je le savais depuis des années… mais j’étais persuadée qu’il n’en arriverait jamais là avec moi. En même temps, le mec de 1m90 pour 120 kilos, il avait de quoi impressionner.

J’ai perdu le peu de confiance en moi que j’avais. Je ne pouvais plus travailler tellement j’étais fatiguée d’avoir la dalle, des remarques et des insultes en permanence. Il me pompait toute mon énergie.

J’ai fini par avoir un pet de cerveau. J’ai pris un sac, des fringues. Je l’ai rempli à la va vite, et j’ai voulu partir à pied chez mes parents. Je n’en pouvais plus. Il m’a vue et il a capté. Il m’a attrapée par les bras et m’a balancé sur le lit. J’étais maintenue sous lui, bloquée, et il me hurlait et me pleurait dessus. J’étais dans la merde. Et j’étais terrorisée. J’ai compris qu’il fallait que je me sauve, mais en même temps, j’avais peur de ce que je pouvais subir si je partais. J’avais peur de représailles.

… jusqu’à ce que j’ose.

C’est vraiment triste à dire, je le sais. Mais dans mon cas, même si ça a été une épreuve terrible à vivre, le harcèlement sexuel que je subissais à l’époque m’a été bénéfique dans le sens ou j’ai compris beaucoup de choses.

Alors attention: je ne dis pas que c’est bien de subir du harcèlement, et je n’encourage personne à harceler qui que ce soit. Je parle de mon cas personnel uniquement. Je n’ai pas réalisé dès le début que c’était du harcèlement sexuel, je pensais juste avoir fait cocu mon mec. Lis l’article mentionné plus haut et tu comprendras 😉

J’ai compris que je pouvais plaire, contrairement à ce que ce connard d’ex me disait. Pour lui, j’étais une sous-merde, et je devais m’estimer chanceuse d’être encore avec lui. J’avais perdu le peu de confiance en moi qui me restait, et voir que je pouvais plaire à quelqu’un d’autre m’a rassuré. J’ai commencé à envisager que je pouvais vivre une autre vie ailleurs, et pas forcément seule. Il existait des hommes qui n’étaient pas toxiques (Bon, le mec qui m’a fait découvrir ça était carrément chelou, mais je ne m’en suis rendue compte qu’après.). J’ai compris en fréquentant quelqu’un d’autre que ma situation avec Antoine n’était vraiment pas normale, comme un déclic. J’en étais à demi consciente, avant ça. Ce déclic m’a fait du bien, même si finalement, cette liaison extérieure était elle aussi très toxique.

Le point de non-retour…

En février 2014, on a atteint le point de non-retour. Nous nous étions disputés très violemment, je ne me rappelle même plus pourquoi. Mais on s’est disputés assez fort pour que je puisse réellement avoir peur pour ma vie. Il a donné un énorme coup de poing dans la porte de la chambre, et a fait un trou dedans. Il a vu que j’étais en panique, et il a essayé de me rassurer en me disant que je devais m’estimer heureuse que ce poing, il ne me l’ait pas mis dans la gueule. Qu’il a tapé dans la porte au lieu de ma gueule parce qu’il ne voulait pas me faire de mal.

J’étais terrorisée, je me suis enfermée dans la salle de bains, j’ai appelé mes parents en urgence pour qu’ils viennent me chercher. Ils sont venus tout de suite, j’ai eu beaucoup de chance. J’ai pu préparer mes affaires et partir. Jamais il n’aurait osé me frapper devant mes parents, parce qu’il savait qu’il aurait une plainte sur la gueule, avec deux témoins. Et rappelle-toi, il était policier.

On prévoyait avec mes parents de me prendre vite fait en urgence et que je retourne vivre chez eux, et qu’on récupèrerait mes meubles et mon électroménager plus tard. Tout récupérer tout de suite était impossible.

J’ai passé la pire semaine de ma vie. J’ai été profondément choquée par ce jour là. Je me rappellerai toujours de la date, c’était le 22 Février. D’un côté, j’étais soulagée d’être partie. Mais de l’autre, j’étais encore plus en panique. Même si il m’avait fait peur, j’étais en grosse dépendance affective. Je m’en rendais malade, d’être séparée de lui et de mon chez-moi. J’ai même failli me foutre en l’air à cause de ce connard. Oui oui.

… et mon plan.

Pour lui, c’était définitivement fini. Moi, j’espérais encore. Et ce porc, tu sais, il n’était pas honnête. Pendant que j’étais chez mes parents, il me faisait croire qu’on pourrait reprendre de zéro… tout en disant à tout le monde que j’étais une tarée et qu’il allait officiellement me plaquer. J’ai donc réfléchi à un truc. J’ai tout fait pour qu’on se rabiboche, pour rentrer chez moi. Je ne voulais pas rester chez mes parents. Et le plan, c’était qu’on se rabiboche assez bien pour que je puisse le foutre dehors, et récupérer l’appartement.

J’ai réussi à revenir, une semaine après. Oui, il était très très influençable. J’en suis arrivée à devoir présenter des excuses à sa mère et à ses amis que je haïssais (et réciproquement), pour pouvoir récupérer mes affaires et mon chez-moi. Mais la seconde partie du plan, je l’ai échouée. J’ai cherché un appartement et je suis partie avec tous les meubles qui m’appartenaient, du jour au lendemain. Sans le prévenir. La semaine d’après, je suis allée récupérer d’autres affaires et l’argent qu’il m’a volé, et c’était fini.

Entre le moment ou je suis revenue chez “nous” et le moment ou je suis partie définitivement, clairement, je ne l’aimais pas. J’ai du croire pendant deux semaines que tout pouvait redevenir bon, et j’ai très très vite compris que ce ne serait pas le cas. On faisait chambre à part, nous étions juste en colocation le temps que je parte, finalement. Il savait que je cherchais un nouveau logement et que je partirai très vite, mais il ne savait pas quand précisément.

Oui, clairement, j’ai agi comme une connasse. C’était totalement immoral, et je l’assume à 100%. Mais c’était un juste retour des choses. J’ai décidé ne de plus me laisser faire, et j’ai voulu qu’il galère très fort. Qu’il paye pour ce qu’il m’avait fait.

Nouvelle vie

C’est à ce moment là que j’ai commencé à regarder ailleurs, niveau relations. Juste avant de partir de chez mon ex. Avec le recul, je me rends compte que je n’aurais peut-être pas du me remettre à fréquenter des hommes tout de suite, et qu’il aurait fallu plutôt que j’apprenne à être heureuse seule, avant de vouloir être heureuse à deux de nouveau.

J’ai fréquenté pas mal de personnes. Ce n’étaient pas forcément des relations amoureuses, c’était surtout du cul. J’ai eu la chance de tomber sur des personnes plutôt bienveillantes, à deux ou trois exceptions près. C’est aussi à ce moment là que j’ai rencontré celui qui est aujourd’hui mon mari. J’ai eu la chance de le rencontrer, parce que nous vivons une relation saine, sans mensonges, sans violence.

À propos de violence.

La violence dans un couple, s’installe petit à petit, et de façon très insidieuse. On ne s’en rend vraiment compte que quand le point de non-retour est atteint. Les gens auront beau essayer d’alerter la victime, elle n’en croira pas un mot et restera dans le déni. Parce que partir, ça peut faire peur. Jusqu’à ce que la catastrophe arrive. La relation toxique, elle se voit parfois par l’entourage, et la principale personne concernée peut ne pas s’en rendre compte. Pareil pour les proches.

Tout ce qu’il s’est passé, j’en garde encore des séquelles plus de six ans après. Il m’a encore emmerdée même bien après mon départ, mais je ne t’ai écrit que les grandes lignes. Peut-être que je reviendrai sur certains évènements précis. J’ai eu la “chance” de partir in extremis les deux fois ou on m’a ramassé à la petite cuillère. Je pense que si mes parents n’étaient pas venus me chercher en urgence, il m’aurait vraiment cassé la gueule.

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