Remise en question de mon végétarisme?

Temps de lecture : 3 minutes Je suis végétarienne a tendance vegan. J’élimine le plus possible les produits animaux de mon alimentation. Mais depuis quelques mois, c’est particulièrement difficile.

A l’heure où je commence à écrire cet article, nous sommes le 6 mars 2021. Je suis enceinte de 10 semaines et 4 jours. Et mon premier trimestre est particulièrement difficile. Peut-être que tu le sais déjà, mais je suis végétarienne depuis plusieurs années. Je ne mange ni viande, ni poisson. Je limite au max les œufs, je ne bois pas de lait, et je limite au max les produits laitiers. Aucun produit animal dans mes cosmétiques ou mes vêtements. Et en ce moment, il se produit quelque chose que je n’aurais jamais cru possible dans mon végétarisme: il m’arrive de manger de nouveau des produits que j’exècre.

Mon estomac me hait.

C’est la première fois que je suis enceinte et que mon estomac me fait la vie dure. C’est simple: j’ai la nausée en permanence. Sans aucun répit. Mon estomac est tellement en vrac que je n’arrive plus à savoir si j’ai faim ou si j’ai envie de vomir. C’est très déstabilisant. J’apprends jour après jour à gérer cet estomac que j’ai du mal à comprendre en essayant de manger de petites doses de repas de façon à ne jamais avoir le ventre complètement vide. Parfois, c’est très soudain: il faut que je mange quelque chose immédiatement, sous peine d’être malade. Et vomir de l’air ou de l’eau, ça fait très mal.

Je rencontre aussi un nouveau problème: il y a des aliments qui passent, que je pourrai manger sans vomir toute mon âme ensuite. Et des aliments que j’adore mais qui vont me mettre en vrac. Donc en plus de devoir manger immédiatement quand mon estomac décide qu’il doit manger sinon il va me fait mal… Il faut que je sache quoi faire dans l’immédiat, et qui ne me dégoûte pas. Parce que oui, ces moments ne sont pas prévisibles, sinon il n’y a aucun challenge!

J’ai craqué.

Et c’est un jour de détresse d’estomac que j’ai sauté sur le premier truc qui me venait à l’esprit. Qui chauffe en 1 minute et 40 secondes au micro-ondes et qu’on a toujours au fond du congélateur. Ce truc qui cale le ventre, qui a un goût assez neutre mais une sauce qui a le goût du bonheur. Mais qui me dégoûte en même temps. Dans ces gros moments de détresse de l’estomac, je me retrouve à sauter au fond de mon congélateur pour chauffer un cheeseburger surgelé. Tu sais, ce truc au steak blanchâtre et à la sauce orange radioactive mais avec un goût très particulier? Et à la plus grande surprise, ça passe super bien. Mon estomac ne se sent pas mal après, j’arrive à ne pas le vomir. Je me délecte de cette sauce indéterminée.

Jusqu’à ce que ce soit mon cerveau qui me rende malade.

Boite de cheeseburgers surgelés
Je sais que tu as connu ces mini cheeseburgers.

Culpabilité immense.

Et la végétarienne stricte que je suis s’en veut. Je culpabilise à m’en rendre malade. J’ai l’impression d’avoir tué quelqu’un. Sans exagération.

Je ne suis pas (soyons honnêtes… plus) le genre de végétarienne chiante et insupportable qui fait culpabiliser les autres. Je l’ai été, je n’en suis pas fière. Et j’ai remarqué qu’en fait, être cette personne qui casse les couilles à tout le monde, c’est totalement contre productif. Qui a envie de ressembler à ces gens chiants qui font la morale aux autres?

Je sais que de toute façon, que j’en mange de façon plus ou moins exceptionnelle ne changera rien à la situation. Ce n’est pas parce que j’ai pris des tenders ou que je me réchauffe un cheeseburger ou alors que je choisis de manger végétarien que cette action aura une répercussion sur le monde.

J’essaye de relativiser… sans succès.

Je sais aussi que ce n’est qu’une passade. Dès que mon estomac ira mieux, je n’aurai aucune difficulté à revenir à mon alimentation de base, sans produits animaux. La grossesse pousse à manger des trucs souvent inhabituels, je le sais. Je ne compte plus le nombre de vomis évités grâce à ces putains de cheeseburgers infâmes ou à ces tenders piqués à mon mari dans son KFC. Je sais qu’en soi, ce n’est pas la fin du monde. J’essaye de relativiser en me disant qu’il vaut mieux être une mauvaise végétarienne que de ne pas être végétarienne du tout, comme le prône Roxane Gay dans son essai Bad Feminist.

Mais ma culpabilité me bouffe. Quand je vois un repas contenant un produit carné, je ne vois pas un tenders ou un cheeseburger. Je vois un morceau d’animal mort. Depuis toujours, même gamine, j’avais cette sensation de gros malaise devant mon assiette. À partir du moment où j’ai compris d’où venait la « viande ». Et ce qui me rend encore plus malade, c’est d’avoir adoré manger mon tenders trempé dans cette sauce Impérial sucrée. Dans ma tête c’est le bordel! Je suis capable d’en pleurer à n’importe quel moment, comme si j’avais commis un acte ignoble. Même quand je faisais des conneries étant gamine, jamais la culpabilité m’a rendue malade au point d’angoisser et de me haïr.

Chéri me dit que je me prends trop la tête. C’est sûrement vrai. Mais c’est incontrôlable.

À toi qui vis la même chose que moi

Ne laisse personne te juger parce que tu n’as pas respecté à la lettre ton régime alimentaire. Ta culpabilité est sans doute déjà grande, et personne n’a le droit d’en rajouter une couche. Surtout quand en face, tu as quelqu’un qui n’a jamais envisagé de réduire sa consommation de produits animaux.

Et quand bien même tu te ferais clasher par une personne qui arrive à “rester dans les clous“, c’est la même chose. On devrait te soutenir au lieu de te juger et de te mépriser. Qui est irréprochable au point de pouvoir juger les autres? Personne.

Et toi, la grossesse a-t-elle remis en question ton alimentation et ton éthique?

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