Je suis dermatillomane

Temps de lecture : 5 minutes Tu connais la dermatillomanie? C’est un trouble obsessionnel compulsif, ou TOC. Ce n’est pas très répandu et ça peut être grave.

Je te parle souvent de mes problèmes d’acné, des produits que j’utilise etc. Et souvent, tu peux constater qu’il y a des rechutes et qu’il faut tout recommencer à zéro… et vu ce que tu vois, je comprends totalement si tu en arrives à penser que finalement, ces produits que je montre, ils ne sont pas si efficaces que ça. C’est totalement normal. J’ai découvert il y a quelques jours que mon problème a un nom, et qu’il existe. Du coup, je me suis dit qu’il fallait que je t’en parle parce que ce sujet n’est vraiment pas connu. Je vais te parler de ma dermatillomanie.

Qu’est ce que la dermatillomanie?

C’est un trouble obsessionnel compulsif (TOC), qui pousse à triturer la peau de façon exagérée. C’est une véritable pulsion, et une obsession. C’est une manie de soulagement de tensions internes.

La personne souffrant de dermatillomanie peut passer un temps très long à triturer et inspecter sa peau, au point d’en perdre totalement la notion du temps. C’est une sorte d’état second pendant lequel la personne peut se faire réellement mal, jusqu’à s’arracher des bouts de peau, et créer des plaies sur son corps. Ces plaies peuvent alors s’infecter, et provoquer de nouvelles impuretés. La personne dermatillomane peut éprouver du soulagement, du plaisir, de la honte et de la culpabilité à cause de ce TOC.

Les conséquences de la dermatillomanie peuvent être graves. Les plaies peuvent s’infecter, et mener à une septicémie. Et qui dit infection, dit possibilité de staphylocoque doré. Pour les conséquences les moins graves, c’est surtout une recrudescence d’acné, et des cicatrices.

Pour soigner ce problème, je n’ai trouvé qu’une seule possibilité: la thérapie cognitive et comportementale.

Dans mon cas

Comment ça a commencé

Dans mes souvenirs, il me semble que ce toc est apparu quand j’avais 5 ou 6 ans. L’époque de la varicelle, et aussi une année assez compliquée émotionnellement. Pendant cette période de varicelle, il pouvait arriver que quelques boutons apparaissent sur mon cuir chevelu. Je me souviens de démangeaisons vraiment difficilement supportables. J’ai commencé à triturer mes boutons, et j’y ai trouvé une sorte de soulagement, surtout quand je pouvais entendre le “pok” du bouton qui claque sur mon cuir chevelu.

C’était devenu mon truc à moi. Pendant des moments ou je m’ennuyais, ou je n’arrivais pas à dormir, ou si j’étais anxieuse, je me mettais à chercher des boutons absolument partout (surtout sur mon cuir chevelu) pour les péter, et retrouver la sensation du bouton qui claque, et de son bruit.

En grandissant, puberté oblige, j’ai commencé à avoir quelques boutons d’acné. Je ne savais pas si il fallait y toucher ou pas, je n’y prêtais pas forcément attention, jusqu’à ce jour ou ma mère m’a dit qu’il fallait impérativement éclater les blancs. Elle me le faisait elle-même, ça me faisait mal. Donc pour éviter qu’elle me le fasse… je le faisais moi-même. Depuis ce moment là, traquer les boutons était devenu une obsession. Et j’ai découvert que sur le visage aussi, ça pouvait faire “pok”.

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Je pense que c’est à partir de ce moment que c’est réellement devenu problématique. Inspecter ma peau pouvait me prendre vraiment beaucoup de temps, à n’importe quel moment de la journée. Et claquer était devenu un vrai soulagement. Et après, cicatrices… donc culpabilité.

Aujourd’hui.

Depuis quelques années, je refuse de me faire coiffer en salon, de me faire shampouiner par quelqu’un d’autre que moi. Mon cuir chevelu est vraiment abîmé, plein de croûtes et de petites lésions. J’ai vraiment pas envie qu’un•e coiffeur•se me pose des questions ou se mette à vouloir me vendre des produits apaisants pour le cuir chevelu, ou bien de le•a dégoûter. Mon cuir chevelu est abîmé à cause de mon cerveau, pas à cause d’un déséquilibre cutané. Avant d’oser aller me faire coiffer, je suis obligée de vérifier si mon cuir chevelu est un minimum clean.

Mon visage a beaucoup de cicatrices. Depuis quelques mois, j’essaye d’en prendre vraiment soin, avec des produits adaptés. J’arrive des fois à retrouver une peau clean, c’est à dire sans bouton ou sans plaie, mais avec toujours des tâches d’hyperpigmentation et des cicatrices. Et si survient un moment d’angoisse ou d’ennui, c’est reparti, je peux totalement me défigurer.

C’est pour ça que je suis obligée de continuer les produits chers, qui piquent… Parce que plus je me triturerai, plus ça piquera, plus ça reviendra cher et long de retrouver une peau convenable. Je vois dans les produits chers et qui piquent une façon de me dissuader de me défigurer. Ou alors, parfois, une façon de me punir. Ça pique? C’est parce que tu as encore merdé. Tant pis pour toi. Ce n’est pas super sain, comme façon de penser. Mais c’est comme ça qu’on pense quand on a un TOC et qu’on culpabilise, je pense. Et surtout quand on n’arrive pas à s’en débarrasser. Je vois quand même un certain changement depuis que j’utilise ces produits, mais tout est à recommencer de zéro si une situation compliquée se présente.

J’en suis arrivée à un point ou même en écrivant cet article, en hésitant entre deux phrases, je porte tout de suite mes doigts à mon visage à la recherche d’une bosse qui pourrait faire “pok”, comme un réflexe. Je retrouve très régulièrement du sang sur mon oreiller, parce que j’ai trituré ma tête en dormant, complètement inconsciente de mon geste.

Ma relation avec le maquillage, avant.

De base, je travaillais dans le monde de la beauté. Coiffure, maquillage… sur des particuliers, et en backstage. Je ne dis pas que je suis la meilleure en coiffure et en maquillage, loin de là. Cependant, je suis consciente de mon niveau, et de l’importance qu’ont pour moi la coiffure et le maquillage.

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À cause de mon métier, j’étais obligée d’être maquillée à la perfection. Même pour faire la mise en pli hebdomadaire de Josette, 70 ans, qui garde son york sur les genoux pendant sa pose et qui mettait toutes les semaines une petite barrette différente sur sa bestiole. Tu vois l’ambiance. Que ce soit sous les projecteurs ou dans la routine d’un salon banal, il faut être maquillée. Donc camoufler l’acné, se mettre en valeur… et donc respecter un bon paquet d’injonctions du quotidien. Et oui, qui accepterait de se faire maquiller par une personne qui a une peau jugée comme étant dégueulasse? Comment donner une bonne image de la marque que l’on représente quand on a la gueule ravagée par l’acné? Qui aurait confiance en les produits que je vendais, vu l’état de ma peau?

Pendant des années, j’ai eu une relation spéciale, en mode amour/haine à l’égard du maquillage. Mes produits teint étaient pour moi ce qu’était l’Anneau à Gollum. J’en avais besoin autant que ça me pourrissait la vie. Même quand j’ai été obligée de changer d’orientation professionnelle à cause de ma santé, j’ai continué à être maquillée comme quand j’étais sur scène.

(D’ailleurs, savais-tu que, dans le monde du travail de façon globale, plus une femme est maquillée et coquette, plus elle est jugée comme étant incompétente et mauvais leader, direct au premier regard? Il y a deux études sur le sujet qui se contredisent (l’autre ici), mais dans les deux cas, nous sommes avant tout jugées pour nos talents – ou pas – de makeup à un entretien d’embauche. Et c’est complètement sexiste.)

Me montrer la peau nue, sans maquillage était impossible. Je n’étais pas capable d’assumer mon acné, et de me passer de mes astuces camouflage. J’avais très peur du regard des autres sur mon acné, et des remarques désagréables ou pire qu’on me donne des conseils que je n’ai pas demandés.

Ma relation avec le maquillage, aujourd’hui.

Ce qui m’a beaucoup aidée à mieux accepter ma peau, ça a été le confinement. Même si ça a beaucoup joué sur mon moral, j’ai beaucoup mieux accepté ma peau, avec son acné. Aujourd’hui, je prends toujours plaisir à me maquiller, mais j’y vais mollo sur le teint. Je n’ai plus acheté de fond de teint depuis le mois de Mars, facile! Je remplace ma routine fond de teint par un peu de correcteur, et fixation à la poudre libre. Basta. Mon teint est unifié, mais mon acné n’est plus étouffée. Et j’en ai plus rien à foutre. Finalement, j’ai constaté que les gens ne regardent pas vraiment l’acné, je n’ai jamais eu une seule remarque désagréable.

Découverte de ma dermatillomanie.

Je sais depuis le début que ce n’est pas “normal“, parce que je ne vois personne avec des plaies comme les miennes. Je ne connais personne qui cherche le soulagement dans ce petit “pok”, mais qui regrette après parce que son visage est horrible après, et douloureux. Mais en même temps, personne ne parle de ce genre de trucs… surtout de la dermatillomanie, ou de certains TOCS pas très répandus. Je pensais être vraiment la seule à m’infliger ça. Et un jour, en me baladant sur internet, j’ai trouvé un mot. “Dermatillomanie“. J’ai cliqué. Et j’ai totalement reconnu ma situation.

Depuis que j’ai pu poser un mot sur ce problème (parce que c’en est un), je ne me triture pas moins, mais je comprends pourquoi je le fais. C’est parce que j’ai un gros problème d’anxiété, connu de plusieurs années. Ça et la possibilité de voir des psy, c’est un autre problème sur lequel j’essaye de travailler.

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Ce que j’en ai tiré.

J’ai aussi compris que finalement, je n’ai pas une acné si grave que ça. C’est surtout moi qui l’aggrave, à cause de ce TOC. Si je n’avais pas ce problème de dermatillomanie, j’aurais une peau presque propre. L’acné des personnes dermatillomanes peut paraître sévère au premier abord, mais elle ne l’est finalement pas tant que ça. Elle est largement exagérée à cause du trouble obsessionnel. J’ai aussi compris que finalement, quand on a de l’acné, on s’occupe certainement beaucoup plus de notre peau que les personnes qui n’ont pas de problèmes de peau. Même si elle est abîmée, on en prend énormément soin, entre les sérums, les crèmes, les masques… histoire de limiter les dégâts.

J’ai aussi compris que l’acné n’enlaidit pas une personne. Tu peux avoir de l’acné, et quand même être magnifique. Prends soin de toi 💖

Et toi, tu connaissais ce trouble Obsessionnel? Tu connais quelqu’un qui l’a?
Dis-moi tout! Si tu as des questions à poser sur la dermatillomanie, j’y répondrai avec plaisir!

Photo de Andrea Piacquadio provenant de Pexels – Image par Sharon McCutcheon de Pixabay

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