Alors, fille ou garçon?

Temps de lecture : 8 minutes Est-ce que c’est vraiment approprié de poser cette question? Qu’en est-il du choix des futurs parents?

C’est LA question que tout le monde pose à une femme enceinte, qu’elle fasse partie de l’entourage proche ou non. Tout le monde pose cette question, en partant sûrement du principe que tout le monde veut savoir le sexe d’un bébé à naître, et surtout que les parents ont envie de le dire à n’importe qui, comme si ils voulaient forcément le crier à la terre entière. Derrière cette question en apparence anodine, il y a quand même plusieurs trucs qui peuvent déranger. Qu’est ce que ça peut faire de le savoir, surtout quand on est pas le futur parent? Quels clichés cela peut véhiculer? En quoi savoir si c’est une fille ou un garçon influera sur comment tu aborderas ce futur bébé? Est-ce que cette question est réellement indiscrète ou acceptable?

Je ne veux ni divulguer ni connaître le sexe de mon bébé.

De base, je ne voulais pas du tout connaître le sexe de mon bébé pour plusieurs raisons :

Par rapport à ma santé.

Parce que tomber enceinte et avoir des enfants est difficile pour moi compte tenu de ma santé. Je préfère donc attendre un enfant, qui sera peut-être enfant unique, plutôt qu’attendre une fille ou un garçon. Quand on a une fertilité quasi nulle, on ne fait pas la fine bouche. Et quand on a 2 chances sur 3 de faire une fausse couche quand on a enfin un test de grossesse positif, tomber enceinte n’a rien d’une nouvelle heureuse durant tout le premier trimestre.

De plus, si tu as lu l’article dans lequel je parlais de mon premier trimestre, je n’ai pour le moment aucune envie de revivre ça une nouvelle fois. Inutile de me dire que une fois que bébé sera là tu auras oublié. Non, parce que j’ai été profondément choquée psychologiquement, parce que j’ai été en état d’anxiété extrême de peur de faire une fausse couche, que j’ai voulu mettre fin à mes jours, et que ça a considérablement augmenté mes douleurs. Donc non. Une période aussi sombre ne s’oublie pas.

Par conviction.

Principes et valeurs

Parce je suis profondément féministe, et donc je me considère comme anti-sexiste. Je ne suis pas parfaite, et encore moins totalement déconstruite sur le sujet. Voulant de ce fait proposer une éducation non sexiste à mon/mes enfant(s), je veux pouvoir éduquer une fille comme j’éduquerais un garçon, et vice versa. L’appareil génital d’un individu n’a pas à déterminer une façon d’éduquer. De plus, par rapport à mes proches par exemple, je ne souhaite pas que l’identité de mon bébé ne soit déterminée que par son sexe.

Parce que vouloir à tout prix savoir le sexe de mon bébé tout en sachant que je suis anti sexiste, c’est mettre MES exigences en terme d’éducation de MON enfant au second plan. C’est cautionner le fait qu’une paire de chromosomes ou un appareil génital détermine une future personne, et donc aller dans l’idée que les sexes ne sont pas égaux.

Par goût personnel

Parce que je déteste profondément les vêtements et autres accessoires genrés. Un vêtement, le mobilier, un jouet n’a pas de genre. Si l’utilisation d’un objet doit être déterminé par l’appareil génital d’un individu, c’est que cet objet n’est pas pour les enfants. De base, je ne suis pas particulièrement “féminine”. J’ai toujours préféré m’habiller avec des vêtements qui me plaisent plutôt qu’avec des vêtements représentant mon genre. Donc le cliché rose pour les filles et bleu pour les garçons, je l’ai en horreur. Le sexe et le genre sont deux choses différentes. Le souci, c’est que la grande majorité de mes proches ne sont pas de cet avis. Je ne compte plus les fois ou je me suis prise des remarques parce que “on ne sait pas quoi acheter comme vêtements“. Un bébé est un bébé ! Je m’attends déjà à recevoir des cadeaux ultra genrés alors que dès le début, j’ai précisé à tout le monde que je refuse les cadeaux genrés. Oups. Aujourd’hui, j’ai reçu des bavoirs ultra genrés. Merci à ma génitrice de faire toujours de ton mieux pour ne pas respecter mes souhaits et agir de façon aussi égoïste. J’ai aussi appris que ma belle mère nous envoie un colis de vêtements qu’elle a tricotés… et j’imagine d’avance les couleurs clichés qu’auront ces vêtements. Mais je ne dirai rien si on tombe dans ce que je n’aime pas, parce que je ne me souviens pas lui avoir communiqué mes goûts. Je pars du principe qu’elle ne savait pas, cela peut arriver.

Donc oui, pour certaines personnes, connaître le sexe d’un bébé permet de se projeter… quand on imagine un enfant de façon binaire H/F avant même de le considérer comme un humain à part entière.

Comme tu l’auras deviné, mes principes sont passés au second plan pour un entourage ayant une vision binaire et obsolète de ce qu’est un enfant. On m’a eu à l’usure. Et je le regrette. Je suis dégoutée. Je ne me sens pas respectée.

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C’est pour une fille ou un garçon ? • Vive le marketing.

Les vêtements genrés ne sont que du marketing. Jusque dans les années 40, tous les bébés portaient du blanc et des robes, filles comme garçons. Les vêtements faisaient le tour de la famille. Jusqu’au début du XXè siècle, le rose et le bleu étaient mal vus sur un enfant parce que cela renvoyait à une sexualisation de l’enfant. Le rose était même perçu comme masculin car dérivé du rouge symbolisant le masculin, la force, le sang. Le bleu était vu comme féminin parce que doux, et couleur de la robe de la vierge. Sauf que merci le marketing, le genré, ça fait vendre.

La binarité rose/bleu pour fille/garçon est arrivée après la seconde guerre mondiale. Il fallait absolument pouvoir différencier un petit garçon d’une petite fille, parce que ce qui est féminin dévalorise le masculin. Et c’est encore très présent aujourd’hui, rien qu’en considérant les insultes destinées aux hommes : femmelette, efféminé… Renvoyant encore au fait que les femmes sont inférieures.

“Forcer” les familles à faire deux garde-robes pour deux enfants de sexe différent, c’est vendre deux fois plus. Les marketeux ont fait leur job à la perfection, les gens ont intégré leurs techniques commerciales comme étant des valeurs à adopter au quotidien. Et quand on tente de s’en dépatouiller, on se fait blâmer. On est forcés à suivre le mouvement. Et c’est intolérable.

C’est le même délire pour les jouets, les cartables et fournitures scolaires, les produits de toilette… Dans la grande distribution, il ne faudrait surtout pas que les genres soient mélangés, qu’une fille reste une fille et qu’un garçon reste un garçon. Ça m’épuise.

Tu donnes la main, on te mange le bras.

Mon mari voulait savoir le sexe de notre bébé. Je ne voulais pas. Ma condition ? Ok, on le saura. Mais on ne dit rien à personne. Il a une petite préférence personnelle et c’est ok. Et l’échographie a montré ce qu’il espérait, même si l’inverse aurait été une bonne nouvelle quand même. Il a voulu l’annoncer à ses parents tellement il était fier, et je le comprends. Encore un compromis… En désaccord avec mes valeurs. Mais ok, tes parents et les miens ne sont pas en contact, et je sais que c’est surtout mon côté de la famille qui prend toujours trop ses aises. Enfin. Je généralise, mais le problème, c’est surtout ma mère.

Forcing et fatigue psychologique

Je ne blâme pas mon mari. Je blâme mon entourage qui m’a littéralement harcelée pour savoir tout en sachant que je ne voulais pas. Se sentir pas respectée à ce point et quand c’est insistant et lourd, c’est violent. Après le harcèlement quasi quotidien de la part de ma mère, c’est ma belle mère qui a fait son annonce sur FB… à ma place. Je pensais qu’elle l’aurait gardé pour elle, et en fait non. J’ai eu beau répondu de manière courtoise que NON, le sexe est une surprise, elle a insisté de plus belle… en public. J’imagine qu’elle ne pensait pas à mal et qu’elle était contente d’annoncer la nouvelle. Une gaffe, une maladresse, d’accord. Mais insister quand je rectifie le tir, j’ai eu du mal. Idem du côté de ma famille. Ma grand mère a été mise au courant. Et l’info a fait le tour de la totalité de la famille. Par le biais d’une autre personne que moi. Je ne peux pas dire qui a pas su tenir sa langue, je n’ai aucune preuve. Mais quand on m’envoie un message “Génial vous attendez un•e petit•e garçon/fille!”, je sais que ça vient d’une de ces trois personnes.

Les insultes et le forcing, le meilleur moyen qu’a trouvé ma mère pour que je craque. Aucun scrupule.

Je suis écœurée. Pas à cause du sexe de mon bébé, mais à cause de ces proches qui ne respectent pas mes souhaits. Ce manque de respect à commencé dès ma 12ème semaine de grossesse, soit à partir du moment précis où ils ont été au courant de la grossesse. J’angoisse beaucoup pour la suite. Si on n’est pas capables de respecter mes choix sur quelque chose d’aussi personnel, je sais que tout sera un combat. Et je sais d’avance que je n’ai pas l’énergie pour.

Si il doit y avoir un second enfant, je le verrai dans l’obligation de demander à l’échographiste de cacher le sexe, même pour mon mari. A cause d’une famille qui fait passer sa curiosité et ses préjugés avant MES souhaits. Inutile de me rabâcher que je n’avais qu’à résister: ce serait abject. Déjà parce que face à du harcèlement, tu passes en mode survie, et que je n’ai pas l’énergie nécessaire pour résister à ça. Ils le savent. Ils en profitent. Inutile de préciser que ça influe fortement sur mon envie de renouveler l’expérience. Et c’est dommage.

Maintenant que l’annonce a été faite malgré moi, je me fais harceler pour le prénom. Ça ne cessera donc jamais. Je suis épuisée d’avance de cette parentalité pour laquelle je ne serai pas respectée. Comme pour beaucoup de domaines. Encore ce matin, ça a recommencé. Elle m’a harcelée au téléphone pour avoir la première lettre du prénom, elle m’a encore eu à l’usure il y a quelques semaines. Sa dernière lubie du jour? Me taguer publiquement sur facebook sur des publications de prénoms commençant par la lettre qu’elle a réussi à avoir, encore par le harcèlement et la culpabilisation. Je l’ai envoyée se faire foutre. Mais je sais que j’en subirai les conséquences un jour ou l’autre.

J’en ai marre d’essayer d’être diplomate. Là je sais qu’elle va encore pousser pour me faire culpabiliser à coups de « tu t’énerves pour rien », de « fallait pas me répondre alors » alors qu’elle sait que j’ai pas la force psychologique pour résister à l’insistance à outrance et que ça l’arrange bien.
Sans oublier le fameux « Après tout ce que j’ai fait pour toi »…Toxique. J’ai plus la force. Et tu sais quoi, elle n’a même pas encore répondu que je culpabilise déjà.

Exemple du manque de respect constant envers mes décisions : mon alimentation. Je ne mange pas d’animaux, tout le monde le sait. Et malgré ça, on a quand même osé me demander de “faire des efforts” pour MON repas lors de MON mariage. Ou encore, en repas de famille : “tu te prives de vitamines“, “t’es chiante à rien manger” ou “tu sais, c’est bon ça“. Le respect chez certaines personnes, ça semble être une notion très abstraite. Je sens venir d’avance les “tu maltraites ton enfant” si quand iel aura l’âge de comprendre que son steak vient d’une vache, ne voudra plus en manger. Comme moi quand j’étais petite. Parce que clairement, si à 5 ans iel refuse de manger de la viande, je ne le/la forcerai pas. Je respecterai ses souhaits. Et si iel veut en manger de nouveau, ça sera pareil: je respecterai ses choix.

M’imposer?

Je suis assez furax pour la rédaction de cet article. Je sais que tout le monde ne pense pas à des conseils non sollicités, qu’il y a des personnes qui peuvent comprendre ma situation et qui ne me dévaloriseront pas. Mais je suis tellement mal aujourd’hui, t’as même pas idée. Ou peut-être que si. Du coup, je suis clairement sur la défensive et j’anticipe les réactions désagréables que je n’ai pas envie de subir.

Je sais ce que tu penses sûrement en lisant cet article. Que je suis une chochotte, que j’aurais du m’imposer, clairement exposer mes principes. Et bien évidemment que je l’ai fait. Mais quand il y a dans une famille une dynamique toxique, tu auras beau tout dire, jamais tu ne seras pris•e au sérieux. Ça a toujours été comme ça, jamais je ne me suis sentie respectée dans mes choix, quels qu’ils soient. Il a toujours fallu que je respecte les choix des autres avant les miens sous peine d’être réprimandée a cause de mon « égoïsme ». C’est assez cocasse de la part de personnes qui m’ont harcelée et ont bafoué tous mes choix au profit des leurs, tu ne trouves pas? Comme me l’a expliqué ma psy, ma mère est dans un travers bourreau/victime. Si elle ne peut pas exercer d’emprise sur toi, elle te démolira à coups de culpabilisation.

T’as encore envie de donner un conseil non sollicité par rapport à cette situation, du genre « t’as qu’à couper les ponts avec eux »? Je voudrais bien te voir à ma place si c’est le cas. Ce n’est pas aussi facile parce que je sais que j’en paierai les conséquences toute ma vie. Donc j’essaye de laisser couler, je pense à ma survie et à ma santé mentale d’abord, même si rien n’est infaillible. Je compose avec les moyens que j’ai et je n’ai aucun jugement à recevoir de qui que ce soit.

Bref.

Arrêtez de voir un enfant comme un être sexué et genré avant même un être humain.
Arrêtez de bafouer les souhaits et les valeurs des gens pour satisfaire votre égoïsme, votre curiosité malsaine et vos principes d’un autre temps.
Respectez les souhaits des gens.

Vous êtes violents.

Si tu es enceinte ou que tu as déjà des enfants, ou même de manière générale sans tout ça, j’espère que ta famille te respecte et respecte tes choix. Et si tu es parent, j’espère que tu respectes le choix de tes enfants. (Attention, je sais qu’un enfant ne peut pas forcément faire tous ses choix lui même et que parfois il faut décider pour eux, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit.) Il n’y a rien de pire que des parents qui considèrent leurs enfants majeurs comme encore des objets dont ils sont propriétaires ou comme des gamins. Ça peut faire de gros dégâts.

Tout ça pour dire que je pense ne pas me tromper si je dis, au nom de tous les parents, que les proches qui insistent et qui bafouent les principes des autres font vraiment chier. Respectez les choix des autres avant de penser à votre curiosité et votre satisfaction personnelle. Tout le monde n’a pas les mêmes principes. Tout le monde n’a pas envie de révéler le sexe et le prénom d’un enfant à naître, et il faut respecter ces choix sans insister.

Et toi, comment ça se passe de ton côté?

2 thoughts on “Alors, fille ou garçon?

  1. J’ai eu la chance de vivre ma première grossesse loin de ma famille et ma belle famille, et j’ai clairement dit à tous ceux qui faisaient le forcing que la seule chose qu’ils allaient gagner, c’est moins de temps pour le voir. Je leur ai dit que ma santé mentale passait avant leurs intérêts et que s’ils voulaient faire du chantage je pouvais aussi. Et de leur re-préciser que je suis rancunière et n’oublie jamais… On m’a fichu la paix. Et ils savent que s’il y en a un second et qu’ils sont proches, ils n’auront droit à rien de plus.

    1. Coucou, merci pour ton commentaire 😘
      Comment a réagi ta famille? Les rapports sont pas trop tendus du coup?
      Tu as bien fait en tout cas. C’est triste mais parfois la distance a du bon.

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