Billet d’humeur #3 – Une vie sous stup’.

Temps de lecture : 7 minutes Toi-même tu sais, les billets d’humeur, ce sont surtout des exutoires. Des billets très perso. Donc à toi de voir si tu veux savoir quels sont les effets indésirables de la morphine que je prends depuis un an, et aussi éventuellement l’explication de certaines de mes réactions très vives sur les réseaux sociaux. Tout est lié. Ce n’est pas une excuse, je sais. Mais une partie du pourquoi du comment.

Si tu me suis sur Twitter ou Instagram, tu as du entendre parler des effets secondaires que je subis à cause de mon traitement médicamenteux, qui est très lourd. Aujourd’hui, je vais te parler de mon quotidien sous morphine. Cela peut te permettre de comprendre une grande partie de mes réactions que tu peux parfois trouver exagérées, et aussi de savoir quelques trucs sur les traitements à base de morphine.

Je ne te dirai pas de quelle pathologie je souffre. Parce que bien que je partage beaucoup de choses, j’estime que certaines doivent rester dans le domaine du privé. La raison pour laquelle je suis souffrante restera donc confidentielle, d’une part parce qu’elle est très rare, et d’autre part parce que cela ne regarde que moi et mes soignants.

Toutefois, je ressens le besoin de parler de ce type de traitement, qui n’est pas à prendre à la légère de par sa nocivité, et parce que ces choses sont souvent prescrites de façon abusive. Et ces abus font des ravages. Il n’y a qu’à voir ce qu’il se passe aux États-Unis avec les prescriptions d’antidouleurs… et malheureusement, la France est sur le bon chemin pour reproduire les mêmes erreurs.

Je n’écris pas cet article pour me plaindre, pour avoir plein de messages emplis d’une pitié plus ou moins sincère. J’ai mon entourage pour cela, qui connaissent bien mieux ma situation.

Mon traitement actuel

Il faut savoir que le traitement que je prends n’est pas abusif et surtout n’est pas prescrit à la légère. Nous avons procédé par étapes avant d’en arriver là ou j’en suis.

Mes douleurs sont, depuis environ un an, insupportables. Tellement insupportables que je n’ai aucun répit, que l’opération que j’ai subi n’a absolument pas amélioré mes conditions de vie. Et la douleur, sur le long terme, est dévastatrice. La douleur peut mener à la dépression, et dans les cas les plus extrêmes, au suicide.

Nous avons donc commencé par la codéine, avec du dafalgan codéiné. Ensuite, voyant que la codéine ne faisait aucun effet, nous avons du passer aux opiacés. Lamaline pour commencer. Plusieurs mois plus tard, je suis passée à l’Izalgi. Puis Tramadol. Et enfin l’Oxycodone d’abord seul, puis couplé au Laroxyl. On m’a proposé de passer à l’Actiq, qui est une sorte de sucette de morphine à effet flash. Le principe c’est que ça passe direct par les muqueuses et donc le sang, au lieu de la voie digestive qui est plus lente. On propose ce traitement aux personnes âgées par exemple, pour les aider à supporter un acte médical très douloureux, comme un changement de pansement par exemple. J’ai refusé ce traitement parce que j’avais peur de l’overdose et des effets secondaires encore plus forts.

Opiacés, morphiniques, de la drogue?

Les médicaments tels que Lamaline ou Izalgi sont des opiacés. Cela signifie qu’ils contiennent de l’opium. Et l’opium, c’est une substance issue du pavot qui se retrouve notamment dans l’héroïne. Les effets néfastes sont donc similaires à peu de choses près, et l’antidote est la même : la Naloxone. Les opiacés peuvent donc, comme l’héroïne qui est une drogue dure, provoquer une forte addiction. Ces médicaments entrent donc dans la catégorie des stupéfiants.

Ces substances sont prescrites par un médecin pour soulager de fortes douleurs dès qu’aucune autre solution plus douce n’est efficace. L’oxycodone est surtout prescrite en soins palliatifs pour aider les personnes souffrant de cancers. Les ordonnances pour ces substances sont sécurisées et assez restrictives. Par exemple, une ordonnance contenant du stup ne pourra être utilisée que dans une seule pharmacie, la prescription contiendra le nombre exact de comprimés au cachet près pour ne pas qu’il y ait d’abus, et il est impossible d’en avoir dans des délais inférieurs à 28 jours.

Donc quand la France reste stricte sur l’interdiction du cannabis thérapeutique, crois moi que je ris jaune… Parce que clairement, je suis obligée de prendre de grosses doses de pseudo héroïne pour essayer de pas trop souffrir. C’est incompréhensible.

Stupéfiants = abus

Évidemment, comme pour tout, il y a des abus. Aux Etats-Unis, ces morphiniques (notamment l’oxycodone) sont prescrits n’importe comment à n’importe qui en premier recours. Cela créé donc une population complètement accro… et des overdoses. Je me souviens qu’il y a trois ans environ, mes douleurs commençaient à devenir problématique et j’avais besoin de me faire arrêter parce que j’étais incapable de travailler. Je suis allée voir le premier médecin qui a pu me prendre, et il m’a prescrit de l’oxy direct, sans même connaître mes antécédents… Avec ce genre de médecin, pas étonnant qu’il y ait des abus et des utilisations détournées.

Ma généraliste (qui est formidable, au passage) m’a avoué, une fois qu’elle a du venir chez moi pour une consultation alors que j’étais incapable de conduire, un truc de dingue… Au tout début de mes douleurs trop intenses, elle croyait que je venais juste pour des médocs et que j’en faisais des caisses! Quand elle a vu mes IRM et les conséquences des douleurs sur mon quotidien, et qu’elle a compris qu’effectivement il y avait un gros problème, elle s’est excusée presque en larmes. Parce qu’apparemment, des patients qui en font des caisses pour avoir du stup gratuit (merci la sécu), il y en a quand même pas mal… Évidemment je ne lui en veux pas. Je préfère qu’elle ait été vigilante plutôt qu’elle me prescrive n’importe quoi.

Parce qu’une overdose peut arriver dès la première prise, même avec une dose minime.

Effets secondaires

Évidemment, le passage d’un médicament à un autre s’est fait progressivement. Il a fallu que je prouve qu’ils n’étaient plus efficaces.

Sauf que comme tout médicament, il y a des effets secondaires dangereux qui sont fréquents. Et pour chaque médicament différent, j’ai eu toute une flopée d’effets indésirables.

Ça a commencé par la sensation d’être complètement shootée. De ne pas tenir debout, être assez désinhibée pour en arriver à envoyer bouler ma patronne dans le plus grand des calmes en rigolant bêtement. J’ai été tellement shootée que je ne pouvais rien faire d’autre que rester couchée sur mon lit à bader le plafond et faire une fixette sur le reflet de la fenêtre et du soleil au dessus de moi. Nausées, malaises. Tout ça, je l’ai connu avec tous les traitements.

Les effets secondaires actuels.

Et depuis l’oxycodone, il y en a encore plus. Déjà, comme toute drogue, tu ne le supportes pas dès les premières prises. Tu as envie de vomir. Tu as l’impression d’être complètement shooté. J’ai même refusé de le prendre à une période, mais mes douleurs m’ont vite rappelée à l’ordre. Et petit à petit, l’accoutumance se fait. Aujourd’hui, je ne suis plus du tout shootée. Je suis à peine fatiguée. J’ai un presque total contrôle de moi-même.

Mais les effets secondaires les plus délétères sont arrivés une fois l’accoutumance faite. Et beaucoup ont pu les remarquer sur les réseaux sociaux, prenant juste cela comme de l’agressivité pure et simple. Ou même encore que j’étais folle et bonne à enfermer ! Alors que j’étais (et je suis toujours) juste en souffrance, et que je n’avais pas un total contrôle de moi-même.

  • Agressivité, irritabilité.
  • Anxiété exacerbée, alors que j’avais déjà un trouble anxieux généralisé et diagnostiqué, dépression.
  • Insomnies, nervosité, troubles de la pensée, hallucinations, cauchemars, trous de mémoire, malaises, fourmillements des extrémités, syndrome de sevrage.
  • Démangeaisons, vomissements, nausées, vertiges.

La liste est encore longue, mais je n’ai cité que ceux que je subis.

Je ne suis plus moi-même.

D’ordinaire, je ne suis pas agressive pour un sou. Je ne ferais pas de mal à une mouche. Depuis ce médicament, je ne me reconnais plus. Même mon mari ne m’a plus reconnu. Notre mariage est souvent mis à rude épreuve à cause de mon agressivité inhabituelle et de mon anxiété augmentée.

Les personnes qui m’ont connue avant cela sur le blog et sur les réseaux sociaux savent. Ils savent que je n’ai pas un fond méchant. Mais d’autres préfèrent se baser sur un seul tweet pour cataloguer une personne, et appeler le monde à les cancel. C’est exactement ce qu’il se passe.

De plus, je ne dors presque plus. La nuit, je me réveille en panique à cause de cauchemars vraiment traumatisants. Donc les crises de panique la nuit ou le matin sont très fréquentes. Tellement fréquentes que je n’ai même plus envie de dormir, tellement j’ai peur de refaire des crises de panique. Le serpent qui se mord la queue.

Évidemment, j’ai signalé ces effets secondaires aux personnes qui s’occupent de moi. Des mesures sont prises pour me faire changer de traitement et améliorer mes conditions de vie. Les délais de rendez-vous en structure spécialisée contre la douleur sont longs. Je prends mon mal en patience.

Effets dévastateurs qui t’isolent

Le pire dans tout ça, c’est qu’à cause de ces douleurs qui m’usent, de ces médicaments qui me détruisent, et de ces effets secondaires qui sont provisoires, socialement, c’est un désastre. J’ai évoqué les réseaux sociaux déjà, mais les changements sont pire dans la vraie vie.

Ça m’a permis de faire le ménage dans mes fréquentations. Dans mes amis. Parce que souvent, les amis qui te jurent d’être toujours là pour toi, le jour ou tu es malade, ils se barrent quand même. Ils te sortent la disquette classique du “t’as changé” sans chercher à comprendre pourquoi ou à en discuter. Ils prennent la poudre d’escampette et te laissent dans ta merde. Mes invités de mariage, si je devais recommencer ce jour merveilleux, serait réduits d’un bon quart. Quand tu as mal, que les médicaments parlent pour toi, il n’y a plus personne.

Injustice, sentiments à fleur de peau, idées noires.

J’avais une amie avant, ancienne toxico. C’était une héroïnomane, donc depuis le début elle me soutenait parce qu’elle connaissait les effets secondaires qui rythmaient ma vie. Mais du jour au lendemain, plus personne, à cause de la disquette classique du “t’es trop négative” alors que je l’encourageais dans une étape de sa vie qui était compliquée.

Tu encourages les gens en leur disant que t’es optimiste et que tu es sûre qu’ils y arriveront, tu es positive à bloc, tu proposes ton aide, et tu t’en prends plein la gueule. “T’as changé / je te demandais juste de me plaindre, pas de croire en moi / de toute façon t’es devenue un monstre”… tu vois le délire. Véridique, elle a vraiment dit ça. Donc forcément, irritabilité et sensibilité augmentées, j’ai vu rouge. J’ai failli passer l’arme à gauche tellement j’étais choquée. J’ai bu un bon quart de bouteille de rhum avec mes médicaments dans l’espoir de ne plus jamais me réveiller tellement l’injustice et la violence étaient forte.

Mais bon. Quand j’y réfléchis, je me dis qu’avec son passé de meuf qui fréquentait les gens pour avoir sa dose de crack et qui utilise son gosse pour avoir des partenariats Twist Shake, je ne pouvais pas m’attendre à mieux.

Malheureusement, elle a été témoin de notre mariage, et son nom salira à jamais les documents du plus beau jour de ma vie, et sa sale gueule gâchera toujours les photos de ce jour magique.

Tout ça pour dire que

Quand t’es malade, tu perds la moitié des gens auxquels tu tenais. La majorité des soutiens ne sont pas sincères. Les médicaments et la douleur détruisent une personne. Et forcément, c’est un cercle vicieux. Plus tu vas mal psychologiquement, plus tes douleurs augmentent, plus tu vas mal etc…

Les gens sont mauvais et n’hésitent pas à te cancel sur la base d’un seul tweet mal interprété. Les gens pensent tout savoir et juger l’entièreté d’une personne sur 280 caractères. Qu’ils soient random ou bien blogueuse à succès, supposément woke et pronant la tolérance.

Les médicaments et la douleur changent une personne. L’usent. La tuent à petit feu. Mais ces effets, ce n’est que provisoire. Avec de la force, on arrive à s’en sortir encore plus forts qu’auparavant. Et mieux entouré que jamais, débarrassé d’ordures.

Si tu peux éviter de prendre des antidouleurs, évite. Si tu peux soulager ta douleur avec des médicaments doux, fais le. Les méthodes douces telles que la méditation peuvent aider par exemple. La kiné parfois. Mais évite à tout prix les opiacés, qui vont te détruire.

Entoure toi des bonnes personnes. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais justement. Eloigne toi des personnes qui peuvent être nocives ou intéressées. Vaut mieux larguer qu’être largué. Essaye de rester optimiste malgré tout. C’est ok de craquer parfois. Mais dès que ça sera fini, tu seras plus fort.e. Ce n’est que provisoire. Il y a des personnes pour t’aider à quitter une addiction. Mes DM sont ouverts.

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4 thoughts on “Billet d’humeur #3 – Une vie sous stup’.

  1. Ton article me fait prendre (encore plus) conscience de mon problème avec les opiacés. Izalgi et lamaline ne font plus effet (ou minime), je ne sais pas trop vers qui me tourner, sachant que je suis déjà en sevrage d’anxio..

    1. Coucou! Je les connais ceux là…
      Es tu prise en charge par un centre antidouleur? Tu peux te tourner vers un•e addictologue pour gérer ton sevrage. C’est ce que j’ai fait en début de grossesse pour réduire l’oxycodone.

      1. Merci pour ta réponse 🙂
        Je l’étais il y a quelques années et puis j’ai lâché (my bad). Mais c’est vrai que je me demande depuis qq mois si je ne devrai pas retenter. En tout cas la lecture de ton article me permet de me confronter au problème alors que je faisais un peu l’autruche, alors pour ça, merci 🥰
        (Et bon courage pour l’accouchement !)

        1. Difficile de pas faire l’autruche quand on est seule dans le cas. Des fois on ose pas vraiment se rendre compte du problème et qu’on est pas légitimes de se plaindre. Mais ces médicaments ça soulage mais ça détruit en même temps.
          (Merci, j’y suis là! Et grâce à l’oxy je sens à peine les contractions, je suis bien là 🤣)

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